Équipe artistique

Viviane Rabaud

Tugdual de Bonviller

DÉMARCHE GÉNÉRALE

À TRAVERS SES

INSTALLATIONS

FILAIRES OU PAR

UNE APPROCHE

COLLABORATIVE,

L’ARTISTE QUESTIONNE

NOS « AGENCEMENTS »,

NOS PRÉJUGÉS,

NOS JUGEMENTS

DE VALEUR

(ELLE) CRÉE DES

ÉVÉNEMENTS,

REND PALPABLE UN

« ÉTAT DE RENCONTRE »

À TRAVERS LA MISE EN JEU

DE DISPOSITIFS

ARTISTIQUES INTÉRACTIFS

HABITER LES LIEUX,

Y CRÉER,

Y AFFICHER,

Y (CO)PRODUIRE,

C’EST POUR ELLE

UNE MANIERE CONCRÈTE

DE QUESTIONNER

L’INSCRIPTION DE L’ART

DANS UNE

RÉALITÉ SOCIALE

A travers ses installations filaires ou par une approche collaborative, l’artiste questionne nos « agencements », nos préjugés, nos jugements de valeur…

De manière résolument positive, poétique, elle invite – pour reprendre un propos d’Alice Diop – à « revisiter l’imaginaire que l’on a » de ce/ceux qui nous entoure/nt. Elle cherche à dévoiler la capacité d’émerveillement propre à chacun. Elle intègre toujours ceux que l’on écoute peu.

Valoriser l’existant en déplaçant encore et encore le tapis rouge.

Rencontrer, lier, (r)assembler, mailler, sont alors des gestes et attitudes que l’artiste met en marche dans le but de donner forme à ce qui relève de notre rapport au monde, aux autres.

Fil de la discussion, perdre le fil, texte-textile : c’est tout naturellement qu’elle bascule de l’installation filaire à la rencontre de ses contemporains. Elle tend des fils, déroule des discussions.

Elle travaille en immersion.

(…) [Elle] crée des événements, rend palpable « un état de rencontre » à travers la mise en jeu de dispositifs artistiques interactifs, afin de questionner, redéfinir, expérimenter, rehausser qui nous sommes. Elle invente des espaces-temps préservés du « devoir être », du prévisible, et qui visent à donner lieu à l’instantané, à la spontanéité d’être.

Habiter les lieux, y créer, y afficher, y (co-)produire, c’est pour elle une manière concrète de questionner l’inscription de l’art dans une réalité sociale.

(…) Ces recherches puisent dans différentes démarches, différentes approches. Un art contextuel, par le « rapport direct de l’œuvre et de la réalité » ; Une forme d’art en commun (community-based art) par ses attentions à la conception de « projets davantage faits pour être vécus de l’intérieur », faisant « le choix de la forme de la conversation », et ouvrant « la possibilité pour l’œuvre de devenir une coproduction temporaire » ; Une accentuation sur « l’expérience de la relation sociale », et un point de départ résolument pratique « dans la sphère des rapports humains ». Un art que Ann Guillaume qualifie de « situé » et qui, « traversé par les notions de terrain, de récit, d’enquête, (…) permet de renouveler les différents modes de représentations qui sont censés nous lier les un.e.s aux autres.»

Puisqu’il s’agit de découvrir notre rapport à nous-même et au monde, la place de l’Homme, Viviane Rabaud vise la série, l’inventaire. Elle emprunte ses rythmes, sa rigueur, ses approches…, au style documentaire et à ses stratégies.

(…) Elle interroge, écoute, collectionne, photographie, note, numérote, enregistre. Elle crée une enquête artistique, un inventaire. Toutes ces données et récoltes de vie forment la matière singulière de l’humanité, et constituent la substance de son travail. Ces données et récoltes donnent lieu à des regroupements, à des réalisations variées : installations, photographies, dessins, affiches, écrits, interventions urbaines, broderies…

Exposer les récoltes, c’est donner à chaque singularité une dimension artistique et publique.

C’est rendre visible un point de vue, une réflexion, loin des récits dominants majoritaires.

C’est aussi permettre d’ouvrir un débat et d’humaniser nos lieux de vie.

1% ARTISTIQUE – VALLON-PONT-D’ARC – DISCOURS D’INAUGURATION

PAR SABINE BUIS,

députée de la 3ème

circonscription de

l’Ardèche.

Le projet a donné lieu à un vote unanime compte tenu de l’originalité de la démarche et de la large participation des élèves induite par l’artiste. Viviane Rabaud a souhaité travailler sur l’identité du collège en proposant une mise en contexte de sa démarche artistique qui consiste à travailler le fil textile et la parole.

Elle est partie du texte de la Charte de Mondialisation adopté le 30 juillet 1954 et des couleurs de son monument installé devant la Mairie. Il s’agissait à l’époque de se prémunir d’une nouvelle guerre et d’appeler les peuples au dialogue.

Le principe d’une résidence de l’artiste dans le collège ayant été approuvé notamment par le principal, elle a passé deux mois sur place à rencontrer l’ensemble des élèves et mener une enquête sous forme d’ateliers permettant de libérer la parole des élèves par l’aspect ludique d’un travail manuel relevant habituellement du domaine des loisirs.

Les échanges enregistrés ont constitué le principal matériau de l’œuvre. Les phrases retenues par l’artiste ont été soumises à validation avant publication puis ont été écrites sur des plaques émaillées de couleur et disposées sur la façade du collège. L’œuvre réalisée témoigne du bien-fondé de cette démarche par sa justesse, son acceptation par l’ensemble du collège. Elle restitue une identité collective tout en respectant la parole individuelle, affirme le collège comme lieu de transformation, de passage entre l’enfance et l’adolescence.

LES ÉCHANGES

ENREGISTRÉS

ONT CONSTITUÉ

LE PRINCIPAL

MATÉRIAU

DE L’OEUVRE

PAR SANDRINE WYMANN,

commissaire du projet

tricotinage et directrice de la

Kunstalle, centre d’art

contemporain à Mulhouse.

UNE RÉALITÉ COMME LES AUTRES

Participante poussant une sphère en aluminium recouverte de drisse de couleur rose. Viviane Rabaud, Oeuvre pérene, Art participatif, Colmar

UN MOUVEMENT ARTISTIQUE

QUE L’ON QUALIFIE DE

CONTEXTUALISME.

IL REGROUPE LES ARTISTES

QUI CRÉENT DU LIEN (SOCIAL)

ET QUI S’APPUIENT SUR

UN ART RELATIONNEL

L’ARTISTE

A UN MATÉRIAU :

LA LAINE ;

UNE PRATIQUE :

LE TRICOTIN ;

UN INTÉRÊT :

LE DIALOGUE

(…) En répondant aux invitations de plus en plus fréquentes à s’éloigner du sérail culturel pour s’immerger, grâce à des projets de résidence, dans des mondes qui leurs sont éloignés, voire totalement étrangers, les artistes se prêtent à une redéfinition de leur statut et de leur image. De l’icône inaccessible et enjolivée, ils passent au registre du travailleur, inscrit dans un champ social défini et auquel on attribue une tâche claire : développer un projet dans un milieu cerné et en présence d’un public choisi. L’artiste perd son caractère inaccessible et par conséquence la place marginale qu’il occupait jusqu’alors, dans une vision encore très romantique du monde de l’art. Fini le doux jeune homme rêveur aux cheveux longs et au foulard noué autour du cou. Place au travailleur qui a une mission, et quasiment des objectifs à remplir. L’époque est productiviste et il apparaît que l’artiste n’y échappe pas, quand bien même il bénéficie, on le sait, de règles particulières. Cela mène à l’observation d’un mouvement artistique inhérent à notre époque et à ses règles, un mouvement qui ne s’oppose pas au culte contemporain de l’action et du faire mais qui l’accompagne et que l’on qualifie de contextualisme. Il regroupe les artistes qui créent du lien (social) et qui s’appuient sur un art relationnel.

Viviane Rabaud, son art du tricotin, le représente parfaitement. L’artiste a un matériau : la laine ; une pratique : le tricotin ; un intérêt : le dialogue. Elle développe au fil des contextes et des invitations, des modes, des processus qui trouvent leur légitimité dans le croisement (le tricotinage pourrait-on dire) de ces trois axiomes, et dont la pertinence et la justesse sont trahies par leurs capacités à s’adapter, à épouser le cadre imposé. Elle tisse à chaque étape de son processus artistique des liens qui fondent sa démarche et apportent sens à ses œuvres.

Discussions et échanges donnent concrètement forme au fameux précepte de Robert Filliou « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art”. Au Diaconat, pendant deux mois, en tricotinant ou en déroulant une pelote de 123m de laine tricotinée, les résidents et gens de passage ont découvert de nouvelles raisons de vivre ensemble et des objectifs quotidiens insoupçonnés. Les heures d’ouverture du Bureau des Bilans Artistiques étaient attendues avec impatience, et les records de longueur de tricotin battus de jour en jour. L’art s’est subrepticement immiscé dans le fonctionnement de la maison d’accueil sans que personne ne le nomme. On parlait de rencontres, de records, de métrage, mais jamais d’œuvre.

(…) Viviane Rabaud a proposé tout au long de sa résidence de nombreuses œuvres à protocole. Tricotinages et déroulages se sont effectués selon des règles bien précises, fixées par elle seule et révélées aux participants dans le cadre des rencontres. En privilégiant de la sorte ce procédé, elle s’est placée au plus près des habitants du Diaconat tout en explorant un genre artistique qui pousse toujours plus loin les limites de l’art, en convoquant ouvertement le réel. Car comme le font remarquer Jean-Baptiste Farkas et Ghislain Mollet-Viéville: « Certaines stratégies artistiques font en sorte que l’œuvre n’existe qu’à condition d’être activée. Lorsque cette mise en jeu se situe d’abord du côté de l’art, l’opération tend à se rapprocher de l’art de la performance. Lorsque cette mise en jeu propose de sortir de l’art, elle opère alors dans le monde du réel. C’est sans doute en empruntant cette dernière voie que les œuvres d’art auront une chance de devenir un jour des réalités comme les autres. »

MOI(S)[SONNER] AU PLAD

PAR RÉGINE RAPHOZ,

plasticienne et directrice

du Pôle Land Art

Départemental (74)

de la Ferme de Chosal.

(…) Avec « Moi(s) [SONNER] », Viviane Rabaud nous a soumis une œuvre dont elle a développé le processus pendant 5 semaines de résidence à La Ferme de Chosal dans une démarche humaniste particulièrement adaptée aux objectifs du Pôle Land Art départemental.

Viviane Rabaud a réussi ce challenge qui requalifie l’œuvre d’art dans le sens d’une plus grande ouverture sur le monde.

En agissant sur le terrain de la réalité, abordée comme une offre d’événements dont l’artiste va user selon ses choix, elle a vécu et s’est positionnée pour un travail engageant. Il faut saluer le fait d’avoir en soi cette capacité d’être présent aux autres, au point d’en faire la racine de sa démarche artistique et Viviane Rabaud manifestement la possède. On pourrait dire de cette approche qu’il s’agit simplement de faire de la place en soi pour recevoir… l’autre.

(…) Pour libérer la parole l’artiste recourt à des gestes « prétextes » qui réclament un contact direct, le toucher, et de fait, le sensoriel libère la parole. Le choix de la laine comme véhicule médium, comme objet transitionnel et celui de la couleur pour dire l’humeur étaient là le cadre des séances de rembobinages et c’étaient comme faire défiler devant soi, dans ses mains un lot de pensées en vrac ( les laines ) et rembobiner sa pelote, les inventorier pour les parler, sans a priori, mus par le plaisir de la rencontre, tourments ou désirs, on devise librement et donne à voir l’intérieur.

Le tour de force c’était de réussir par un mot ou un silence, un regard ou un sourire, une présence, le «miracle» qui engage et qui révèle. Un glissement presque discret dans lequel chacun vient dire un peu plus de lui-même, qui il est, et comment il est là, avec les autres…Dans « Moi(s) [SONNER] » l’artiste explore la zone floue qui réside entre le privé, l’intime et le groupe et distille l’activité qui lie ce groupe d’individus dans cet univers familier et immédiat.

Dans cette investigation du sensible la restitution par le son est particulièrement adaptée parce qu’elle rend l’œuvre complètement accessible et gagne ainsi en force et en signifiance pour tous. « Moi(s) [SONNER] » en ce sens a peut-être part à faire avec l’art vivant.

(…) Viviane Rabaud a capté les lieux au rythme du quotidien, ses prises de son soigneusement extraites, sont juste l’effet d’une oreille pénétrante qui a su se dépouiller pour écouter, repérer et retenir les échos emblématiques que plus personne n’entend, ni ne remarque tellement ils sont ordinaires.

« Moi(s) [SONNER] » est une synthèse de ce lieu de vie et plus que des confidences individuelles, un ressenti du collectif. (…)

Moi-sonner, Détail des laines tissées sur la balle de foin. Oeuvre Viviane Rabaud - Art participatif

UNE DÉMARCHE

HUMANISTE

POUR LIBÉRER LA PAROLE,

L’ARTISTE RECOURT

À DES GESTES

« PRÉTEXTES »

QUI RECLAMENT

UN CONTACT DIRECT,

LE TOUCHER,

ET DE FAIT, LE SENSORIEL

LIBÈRE LA PAROLE

L’OEUVRE GAGNE

EN FORCE

ET EN SIGNIFIANCE

POUR TOUS

PAR AURÉLIE BÉSENVAL,

directrice artistique et

chef de projets culturels.

L’ART DE LA RENCONTRE

Art participatif, Bégard, Viviane Rabaud

LE PREMIER ACTE CRÉATEUR

EST DANS L’ESSENCE MÊME

DE LA DÉMARCHE

PARTICIPATIVE.

L’OBJET CRÉÉ EST

UNE INVITATION

À LA RENCONTRE,

AVEC SOI-MÊME,

AVEC LES AUTRES,

AVEC L’ARTISTE,

AVEC LE MONDE

J’ai rencontré Viviane pour un projet artistique participatif que nous menions, intéressée par son travail d’installation autour du fil et de la laine . Je la recontacte, je lui parle de laine, de lien, de tricot, elle me répond «état de rencontre», «rencontre pomponnées», «portraits immersion»…

Le premier acte créateur de Viviane est dans l’essence même de la démarche participative. L’objet créé est une invitation à la rencontre, avec soi-même, avec les autres, avec elle, avec le monde. Viviane, telle une guide, apporte matières et couleurs, accompagne, autorise, libère, encourage. D’une matière brute, vierge, chacun creuse, fouille, tisse, assemble, donne corps à sa pensée, à ses idées, à son histoire… sur mesure…

Un bâton, coupé à sa taille, qu’on sculpte, comme on se forge une histoire, un caractère, une expérience… un bâton qu’on habille, comme d’un vêtement, d’un habit qui fait le moine…

Un bâton symbole, grigri, objet-jardin-secret… Le bâton est devenu une sorte d’objet de reliance avec le grand mystère, un pont avec soi, un lien avec l’autre, une œuvre.

Mise en abime finale, Viviane organise l’explicitation de ce bâton par son créateur. Viviane précise le geste et concentre la matière pour creuser l’état de rencontre et puiser ce qui deviendra, à son tour, sa matière artistique. La rencontre se fait plus précise, plus resserrée, l’espace-temps se densifie pour lier le geste à la parole. Elle laisse monter les mots, parfois profondément enfouis. Une rencontre dans la confiance, une confiance qui entraine jusqu’à la création finale.

Point d’orgue de sa proposition, Viviane tire un portrait, une photo en plan américain. Cette dernière mise à nu révèle le pouvoir de la rencontre que Viviane a mis en place, de l’intime qui s’est tissé, une confiance qui lui permet de capter des regards fiers, francs, des portraits de femmes et d’hommes libres, la tête haute, incarnés, présents à eux et au monde.

SUR LE FIL DU RÉEL

PAR XAVIER RIBOT,

artiste plasticien

agrégé d’Arts Plastiques.

Dimension monumentale : l’œuvre n’est pas posée face au regard, elle n’est pas davantage positionnée sur un mur. Légèreté et tension.
Dimension
crypto-quelque-chose, dans l’installation exiguë imposée par le grenier.
Dimension lumineuse : lumière pariétale. Les installations textiles s’imposent par leurs lumières, leurs dimensions et leurs parfums. Elles prennent force dans la mesure, lorsque l’œuvre dépasse la taille humaine pour s’ajuster aux locaux. Matériaux végétaux atteignant des frontières nouvelles, comme la pierre, par effet d’architecture dans la voûte. Les tricotins renforcent les visées architecturales de l’artiste.
Abolition des repères dans l’usage inhabituel des matériaux choisis, sollicités.
La membrane, la naissance, le corps : la traversée appelle chacun de nous à franchir un espace quasi ancestral. Une sorte de rituel s’impose au regard, le franchissement d’un passage mystérieusement ouvert entre la mémoire et le présent.

Installation filaire, Pont Scorff, tunnel de chanvre suspendu à la charpente, viviane rabaud

PAR ERWANN BABIN,

réalisateur plasticien,

curateur 2020 pour In-Cité,

Ass. La Fourmi_e.

DISCUSSION POLYPHONIQUE

Portrait d'habitants, carhaix, viviane rabaud. portrait de participant.

Une chaise, c’est un objet anodin, commun mais néanmoins très représenté dans l’art, paradoxal parce qu’il est tout autant une invitation à la pause, qu’une invitation à la divagation. “Tricotiner” durant la discussion est une manière d’occuper ses doigts, de matérialiser la rencontre, de permettre l’introspection. Comme l’on est invité à s’installer où l’on voudrait avec sa chaise, l’artiste s’installe avec sa caravane, son bureau mobile, à l’épicentre du village. Avec générosité et curiosité, elle recueille les propos, les mots, les formules poétiques et conçoit le cadavre exquis d’une conversation qui se complète, se contredit, se répète, divague encore. Viviane Rabaud invite à la curiosité d’aller consulter au petit matin les paroles récoltées la veille, émergeant dans la ville au réveil comme ces quelques bribes de paroles qui restent des discussions du soir. Le résultat n’est pourtant pas un brouhaha mais le murmure silencieux d’une conversation secrète, la révélation d’une discussion polyphonique.

HISTOIRES DE LIGNES…

PAR VIVIANE RABAUD

Quand notre Bureau des Bilans Artistiques tisse ou prend son bic.

« Qu’y a-t-il de commun entre marcher, tisser, observer, chanter, raconter une histoire, dessiner et écrire ? La réponse est que toutes ces actions suivent différents types de lignes.(…) Si la « ligne » est à l’origine un fil plutôt qu’une trace, le « texte » aussi a commencé par être un entrelacs de fils avant d’être une inscription de traces. En Latin, le verbe « tisser » est textere, dont sont dérivés les mots « textiles » et – transitant par le terme français tistre – « tissu », un terme qui renvoie à une étoffe délicatement tissée composée d’une myriade de fils entrelacés. ». Tim Ingold, Une brève histoire des lignes.

Nous tissons avec du fil, et avec des mots.

Les fils de nos tissages proviennent de nos enquêtes de terrain.

Ils sont choisis et déroulés par les personnes que l’on a rencontrées. Témoignage des mètres de discussions – du temps de parole – ce sont comme des traces audios qui matérialisent un moment, une rencontre. Transformés en tissage, ils racontent, rassemblent « un commun » des personnes rencontrées.

Les textes, issus de discours, d’articles et même de textes de loi, sont choisis pour leur côté « universels » – en ce sens où ils nous concernent toutes et tous – et atemporels, voir, pour nous, urgents. Ici, il s’agit du discours du chef indien Seattle en 1854 et de La Charte de la Terre. Nous évoquons ces textes lors de discussions avec le passant. Reproductions manuscrites au stylo à bille, ces lignes se tassent comme des fils qui se trament. Illisibles, ils deviennent forme, tissu. Comme une relance, un nouveau visuel, un nouveau présent, une résistance.

Un travail où les médiums se répondent, explorant, interrogeant et réactivant la place de chacun dans le monde.

ecriture manuscrite du texte du chef indien Seattle, en rond et dégradé de couleurs, viviane rabaud, stylo bic

SI LA « LIGNE »

EST À L’ORIGINE UN FIL

PLUTÔT QU’UNE TRACE,

LE TEXTE

A AUSSI COMMENCÉ

PAR ÊTRE UN ENTRELACS

DE FILS